Auteur : Patrice Nganang (Cameroun)

 Prix : 5 € / 2.500 FCFA (Cameroun) / 3.000 FCFA (Afrique)

 Format : 12,5 x 18 cm

 Nombre de pages : 80 p

 

 

Extrait :

en guise de réponse à nos petits-enfants 

postface

nul poète contemporain ne peut imaginer sanstremblement la question que se poseront nos petits-enfants, quand seules les ruines de notre époque s’offriront à leur intelligence critique : qu’est-ce qu’ils ont dit ? cette question ne peut être approchée avec précipitation, car dans les milliers de mots & d’images qui s’adressent à l’Afrique, par-delà la pléthore de mots de ceux-là qui têtus, vraiment, veulent encore parler pour l’Afrique, elle exige bien de retrouver les quelques questions essentielles qu’aura posées notre temps. les questions, & beaucoup moins les réponses. les questions parce que celles-ci seules permettent de jeter un regard sur les instruments de la parole dont auront disposé ceux de notre époque pour dire leur condition ultime. & là il est évident que la première réaction devrait être le scandale devant le vide rampant, devant la lente agonie des institutions classiques de la parole : livres, écoles ; devant la poussée effrayante de l’analphabétisme ; devant la condamnation de chaque cri formulé à n’être que bégaiement. pourtant ce scandale n’expliquera jamais le silence d’une génération, car même si elle ne parle plus que du baragouin, même si elle n’a plus le "niveau requis" comme disent les maîtres d’école, elle aura eu son génocide, ses guerres, ses famines, ses morts ; elle n’aura pas cessé elle aussi d’avoir des besoins. & d’ailleurs, il est une évidence que le cri naît de la menace du vide, que le cri naît de la proximité révoltante de la falaise. certes il n’est pas d’institution universitaire en Afrique qui n’aura vu son existence même en tant que temple du savoir remise en cause, aujourd’hui, par l’envahissante imbécillité de la classe politique dont elle menace le pouvoir ponctuel ; il n’y aura eu également aucune école qui ne se sera retrouvée dans le cycle de la répétition du faux & de la gabegie. pire : aucun livre ne sera parti de l’évidence qu’il sera lu, parce que scandaleusement cher pour les paires de celui qui l’aura écrit.

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